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| | Controverses (en photographie) | |
| | Auteur | Message |
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Educla
Messages: 26 Date d'inscription: 18/02/2009 Localisation: 60
 | Sujet: Controverses (en photographie) Dim 26 Avr - 11:07 | |
| Je suis allé voir l'exposition « Controverses » qui se tient jusqu'au 24 mai à la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, que je ne connaissais point (il y a une belle salle de lecture, la salle ovale je crois, qui est plus vraie que nature avec ses boiseries : je n'y suis pas rentré, ça fait peur !). Cette exposition regroupe environ 80 photos, sélectionnées pour les controverses qu'elles ont pu soulever, de 1840 à nos jours. Ce sont des photos artistiques ou de reportage, ou les deux. Cette exposition est réalisée par le musée de l'Elysée de Lausanne, un musée pour la photographie qui me semble faire un excellent travail en général.
Si vos pas vous mènent vers Paris, je vous encourage à y traîner vos yeux, le matin dès 10 h si possible car elle a un certain succès et cette expo demande de lire les commentaires associés à chaque photo afin de voir où se situe la controverse : bouchons assurés !
Les controverses sont de divers ordres, en voici quelques-unes : - par le sujet photographié le photographe face à la misère du monde qui « profite » des situations de malheur (ironie : souvent ces photos fortes permettent à leur auteur de recevoir des grands prix de photoreporters. L'un, Kevin Carter, s'est suicidé 2 mois après avoir eu le prix Pulitzer, notamment à cause des critiques qui ont suivi) l'utilisation par la publicité est honteuse ? exemple des pubs d'United Colours of Benetton immoral ? la photographie des corps morts, avec par exemple les photos de soldats américains qui n'apparaissent jamais ou des victimes du World Trade Center ou de Lady Di. Différence de traitement suivant la nationalité des victimes Lee Miller se lavant dans la salle de bain d'un appartement d'Adolf Hitler les photographies de la misère humaine et l'artistique reproche récurrent fait à Sebastiao Salgado le fait de photographier ne pousse-t-elle pas les « méchants » à perpétuer les crimes sur les innocents, par bravade ? Doit-on diffuser toutes les photos ? Aldo Moro aux mains des Brigades rouges (plus familièrement, les vidéos d'Al Kaida ?) la révélation de choses qu'on sait mais que l'on tait les photos amateur des sévices de l'armée américaine à Abou Ghraïb sur les prisonniers selon la culture des pays, l'interprétation diffère photographie de femmes algériennes musulmanes à visage découvert
- par l'interprétation qu'on en fait le qualificatif de pornographie-pédophilie-zoophilie si c'est de l'art, c'est choquant-pas choquant ? photographier le corps nu d'un enfant ou un adolescent, c'est de la pédophilie ? certaines photos créent un vent de fronde dans certains pays alors qu'elles passent inaperçues dans le pays voisin ! selon la culture Les législations sont moins sévères sur certains thèmes quand une pommade culturelle est appliquée. Mais qui peut ou doit décider qu'une photo est artistique ou pas ?
- par les droits divers et variés au début de la photo : le photographe est un artiste ou pas ? les anonymes pris en photo certains clament leur droit à l'image : acceptable pour les photos artistiques ? Pour les photos de reportage ? Juste quand les poses ne sont pas « dégradantes » pour la personne ? réutilisation-appropriation d'œuvres pour en faire d'autres ? la liberté du photographe face à son commanditaire ? propriétaire de la photo ? Le commanditaire (dans le passé) ou le photographe droits versés au photographe ? exemple du portrait du Che diffusé partout alors que son auteur, Alberto Korda, n'a jamais rien touché (sauf avec un procès à la fin de sa vie, reversant les sous gagnés)
- par leur rapport à l'histoire la photo en tant que preuve historique problème des trucages (l'exemple russe de l'effacement de personnages), la reconnaissance pas fiable (Hitler sur son lit de mort), la propagande (Timisoara, avérée, la NASA et le voyage lunaire) la photo devient icône elle dépasse le cadre strict du sujet photographié et devient un symbole parfois « non vrai » (le républicain espagnol fauché de Robert Capa : photo truquée ? La photo de la petite fille courant nue, brûlée par le napalm au Vietnam : bombe lâchée par erreur par les Vietnamiens ?) Ce cas dépasse le cadre purement historique avec la photo de Doisneau des amoureux qui s'embrassent : photo posée apprend-on bien des années après. Trahison ?
Voici quelques sujets abordés. Je n'ai pas acheté le catalogue de l'exposition mais je crois bien qu'il y passera.
Voici un lien avec l'exemple de trois photos, pp.10 à 12 : http://www.bnf.fr/PAGES/presse/dossiers/controverses.pdf |
|  | | Tamalou
Messages: 18 Date d'inscription: 08/02/2009
 | Sujet: Histoire, vérité, art ? Mar 28 Avr - 10:31 | |
| Merci Claude de cet exposé fouillé sur les photos controversées. Je ne reviendrai point sur l'ensemble de ton argumentation avec laquelle je suis assez en accord. Seulement deux détails :
-la photo historique peut-elle vraiment être complètement impartiale ? et sur un plan plus philosophique le document historique lui-même (article, chronique, photo, film ? ) …quand il n'y a pas volonté délibérée de falsifier des images : ta référence à Timisoara en est un exemple type. Sans aller dans de tels excès, on peut se demander si le photographe, produit d'une société, d'une idéologie, d'un univers familial… est capable de prendre réellement une photographie historique ou de reportage objective, c'est-à-dire coupant court à toute controverse ? Rappelons Edouard Boubat qui a su donner une universalité à ses photos : c'est sans doute la raison pour laquelle elles ont été reconnues dans le monde entier.
-une photo controversée peut-elle avoir réellement une valeur artistique autre que sa valeur de controverse ? Assurément oui, mais je pense qu'il y a un côté voyeur chez l'amateur d'images qui peut aller jusqu'au paroxysme. Je prendrais à témoin l'œuvre de la photographe américaine Diane Arbus : ces photos les plus controversées, mais aussi les plus célèbres, sont celles prises peu avant son suicide dans un institut pour malades mentaux (http://diane-arbus-photography.com/index.html) …les flèches sont minuscules sous chaque photo.
Voici quelques réflexions suite à ton exposé… qu'il serait agréable d'avoir une expo 2010 "Controverses", mais que de difficultés aussi ! |
|  | | Educla
Messages: 26 Date d'inscription: 18/02/2009 Localisation: 60
 | Sujet: Re: Controverses (en photographie) Dim 17 Mai - 8:31 | |
| Le Président est actif, mais son lien arbusien pas vraiment. En attendant son apprentissage de la chose, je vous le mets ici : Diane. Juste une petite anecdote comme ça, fruit de mes virées plus ou moins culturelles parisiennes. Au cimetière du Père-Lachaise se font des conférences que je vous encourage à suivre si vous avez l'occasion de passer par là — de votre vivant de préférence. Conférences de Bertrand Beyern (Pour info, nous avions été voir "Crimes au Père-Lachaise".  ) Lors de cette visite, M. Beyern s'est penché sur la personne du mime Debureau ici, en nous contant que les célèbres photos de Nadar du mime Debureau en Pierrot lunaire n'étaient pas celles du vrai mime — aussi célèbre à l'époque que notre mime Marceau — mais celles de son fils. J'ai retrouvé cette série de photographies à l'expo, pour cause de controverse liée à l'usurpation de signature entre les deux frères Tournachon, expliquée dans cet article de Télérama. Aurait pu s'ajouter une controverse sur la fidélité à l'histoire, le mime Debureau photographié n'étant pas le vrai, l'unique. (Cette exubérance de liens n'a pas pour but de mettre la honte au Président.  ) |
|  | | Educla
Messages: 26 Date d'inscription: 18/02/2009 Localisation: 60
 | Sujet: Re: Controverses (en photographie) Jeu 9 Juil - 15:36 | |
| Je vous mets ça dans Controverses, c'est un approximatif. Article sur Cartier-Bresson paru dans Le Monde de ce 9 juillet. Intéressant pour voir l'évolution du statut de la photo ainsi que la difficulté de conservation. Sans parler de petits malins…
Des Cartier-Bresson à la poubelle
Cela semble extravagant. L'Etat a perdu ou détruit plusieurs centaines de tirages originaux d'Henri Cartier-Bresson (HCB, 1908-2004) que lui avait donnés le photographe, l'un des plus importants du XXe siècle, le maître de l'instantané dans la rue. Tout cela remonte à plusieurs décennies. Mais on ne le savait pas. Martine Franck, photographe, veuve du maître français, et présidente de la Fondation HCB, pourtant connue pour sa discrétion, a accepté de rouvrir ce douloureux dossier parce que les conséquences de tels dommages se font encore sentir.
La disparition la plus importante concerne la première exposition d'Henri Cartier-Bresson en France, qui a eu lieu à l'automne 1955 au pavillon de Marsan, dans le palais du Louvre, à Paris : 358 photos de formats divers, montées sur carton, puis collées sur des panneaux de bois. Il faut ajouter 68 épreuves qui constituent une version réduite de cette exposition de 1955. Soit 426 photos. Certaines datent des années 1930, mais la grande majorité ont été prises durant l'après-guerre, à Moscou, aux Etats-Unis, en Inde, en Chine... Tous les tirages ont été réalisés en 1954, spécialement pour cette exposition.
Le ministère des affaires étrangères a fait circuler l'ensemble jusqu'en 1960 dans huit pays, notamment aux Etats-Unis. Henri Cartier-Bresson fait ensuite don des 426 épreuves à l'Etat, qui sont alors conservées à la Bibliothèque nationale. En décembre 1968, le photographe demande par écrit que les épreuves des deux expositions de 1955, la grande et la petite, soient déménagées au Centre national des arts contemporains (CNAC), "afin que les images ne soient pas enterrées".
Le CNAC accuse réception des images et les entrepose dans ses réserves, rue de la Manutention, dans le 16e arrondissement de Paris. C'est en 1991, lors du déménagement des réserves du CNAC, dans des locaux à la Défense, que l'on se rend compte que les photos sont fortement endommagées. "A cause d'un dégât des eaux", se souvient Martine Franck. Elles sont si mal en point que l'Etat propose de les détruire. "Je me souviens, je suis avec Henri. Deux personnes du ministère de la culture lui demandent s'ils peuvent faire détruire la totalité de l'exposition. Henri, la mort dans l'âme, donne son accord." Claude Allemand-Cosneau qui, depuis 2001, dirige le Fonds national d'art contemporain, héritier du CNAC, reconnaît qu'il y a bien eu destruction. "Les panneaux ont été sciés et jetés à la benne."
Pourtant, en 2001, Henri Cartier-Bresson voit réapparaître des paquets entiers d'épreuves faisant partie de l'exposition de 1955. "Une centaine était à la vente lors d'une foire à la Bastille", affirme Martine Franck. "Nous soupçonnons fort que des photos de cette exposition de 1955 se vendent sous le manteau", ajoute Agnès Sire, directrice de la Fondation HCB. Cette fondation dit pouvoir "les repérer facilement", parce que les panneaux de l'exposition ont été photographiés. Dans une lettre du 18 janvier 2002 à Claude Allemand-Cosneau, Henri Cartier-Bresson ajoute trois autres éléments de preuve : certaines photos n'ont fait l'objet d'autre tirage que celui réalisé pour l'exposition de 1955 ; les dimensions des tirages sont spécifiques à cette exposition et sont connues ; certaines épreuves, bien après leur destruction, ont été confiées à une restauratrice, chargée de les décoller de leur support pour pouvoir être vendues sans doute. Martine Franck ébauche un scénario : "Tout a été jeté, mais mal détruit. Des épreuves étaient encore en bon état, et un petit malin les a récupérées." Combien ? 200 ? Nul ne sait.
Toujours est-il que le 30 mai 2001, une vente aux enchères de l'étude Beaussant-Lefèvre, à Paris, en propose huit dans son catalogue. "Le propriétaire nous assure qu'il les a achetées à quelqu'un qui les a trouvées dans une poubelle, expliquait alors au Monde Pierre-Marc Richard, expert de la vente. Les épreuves sont arrivées dans un sale état. C'est comme si on leur avait marché dessus. Elles n'avaient pas l'aspect de photos archivées."
Deux jours avant la vente, ces huit épreuves sont retirées à la demande de l'avocat d'Henri Cartier-Bresson, mais ce dernier ne saura pas le nom du vendeur - les maisons de ventes aux enchères protègent leurs fournisseurs. La Fondation HCB ne peut pas aller plus loin, expliquant que c'est à l'Etat d'agir. Aussi a-t-elle demandé, il y a deux ans, que l'Etat reconnaisse par courrier sa propriété et que les photos ont été mal détruites. "Nous n'arrivons pas à obtenir cette lettre, s'indigne Martine Franck. Parce que l'Etat ne veut pas admettre qu'il a fait une erreur. C'est choquant."
La réponse de Claude Allemand-Cosneau est nette : "Je suis navrée pour Martine Franck, mais nous n'avons pas la preuve formelle qu'il s'agisse d'épreuves de cette exposition de 1955. Pour nous, ces photos sont détruites et nous ne pouvons pas porter plainte pour des photos qui n'existent plus !" Dialogue de sourds...
Pour ne pas arranger les choses, le CNAC a également fait détruire, toujours en 1991, et pour les mêmes raisons, 104 photos de Cartier-Bresson qui constituaient l'exposition "En France", présentée à l'automne 1970 au Grand Palais, à Paris, et que le photographe avait données à l'Etat. Ont également été détruits 21 portraits, de format 40 × 50 cm, de gens connus, qui ont été commandés par l'Etat au photographe pour enrichir cette exposition de 1970... "Nous possédons des documents qui prouvent l'existence de toutes ces photos", affirme Martine Franck. Ce qui fait 551 photos en tout... Claude Allemand-Cosneau a un argument de poids pour justifier cette masse impressionnante de destructions : "A l'époque, on ne considérait pas la photo comme une oeuvre. Du reste, ce ne sont pas les photos mais les supports, les 85 panneaux de bois, qui ont été inventoriés. Ensuite, le bois et la colle ont fait beaucoup de mal aux photos. Enfin, ce qui comptait, c'était de faire circuler les expositions, pas de conserver des oeuvres."
Il est vrai que les photographies, jusqu'aux années 1980, étaient souvent considérées comme des documents sans grande valeur, encore plus quand elles venaient d'expositions. Puis tout a basculé, elles sont devenues de plus en plus des oeuvres d'art. Ainsi, une épreuve de la photo Hyères, 1932, tirée par Henri Cartier-Bresson à l'époque, a été adjugée 265 000 dollars chez Christie's, à New York, le 11 avril 2008.
Martine Franck admet tout cela. Mais elle avance, lettres à l'appui, quelques éléments qui relativisent ce changement trop net du statut des photographies. Pour la grande exposition de 1955, un arrêté ministériel du 4 juin 1969 stipule : "Le don fait par M. Cartier-Bresson des oeuvres suivantes." Il est bien fait mention d'oeuvres, qui possèdent d'ailleurs des valeurs d'assurance. De plus, le nombre de photos disposées sur chaque panneau était bien précisé dans l'arrêté de l'Etat. Ensuite, les 68 tirages de l'exposition "réduite" de 1955 n'étaient pas, pour leur part, collés sur des panneaux de bois, et elles ont pourtant été détruites aussi. Même chose pour l'exposition "En France" de 1970 : chacun des tirages est isolé, collé sur une planche de carton. Et c'est toujours par arrêté, en date du 17 juillet 1972, que les 21 portraits entrent dans les collections de l'Etat.
Cartier-Bresson était convaincu que l'Etat avait fait preuve d'une grande légèreté. Avant sa mort en 2004, il aurait pu lui donner son oeuvre. Il a préféré devenir le premier photographe en France à créer une fondation à son nom, chargée de conserver, d'étudier et de diffuser ladite oeuvre. Il s'était déjà montré très sévère envers les responsables des donations au ministère de la culture, qui se sont permis de "farfouiller" dans les négatifs des photographes qui avaient donné leur oeuvre, comme André Kertész, afin de faire surgir des images inédites. L'affaire des photos perdues a scellé sa conviction. "Henri a été généreux en donnant à l'Etat des jeux d'exposition, mais il ajoutait qu'il a été trop malchanceux pour lui laisser d'autres choses. Il en parlait souvent. Tout cela nous a persuadés de faire la fondation", conclut Martine Franck.
Michel Guerrin |
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